Par Michel Del Castillo :
Catherine De Moncan, la fidélité à soi-même

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Comment, sans outrecuidance, prédire qu’un jeune peintre encore englué dans l’apprentissage du métier deviendra un grand artiste ? Pourtant, ce fut bien le cas avec Catherine de Moncan, jeune élève longue et réservée qui fréquentait alors l’atelier d’Edouard Mac Avoy, portraitiste des célébrités. Sa singularité s’imposait sans que nous sachions expliquer en quoi cette originalité consistait ni comment elle se manifesterait, si tant est qu’elle dût se révéler un jour. Faute de réussir à nous expliquer ce sentiment de nous trouver devant une personnalité au sens propre extraordinaire, nous employions des mots vagues, sensibilité, étrangeté, suggérant que, malgré l’influence du maître, malgré les maladresses du métier, malgré l’anguleuse roideur d’un dessin plus expressif que délicat, une personnalité étrange, baignée de mystère, tendait à s’affirmer.
Ce glissement tectonique d’une âme recueillie, attentive aux frémissement des choses et des êtres, cette douleur sourde devant les ravages que le temps inflige aux visages et aux plus humbles objets, cette attention arachnéenne qui attend, tapie dans un coin, que les fils bougent, cette concentration aussi paisible que cruelle, c’était le mystère de la jeune Catherine, d’apparence impassible, d’une courtoisie démodée. Quelles pensées couraient derrière son grand front lisse ? Quels sentiments dans son regard serein ? Absente et présente à la fois, elle souriait, secouait la tête, levait une main interminable pour écarter une mèche, lâchait parfois un mot avant de replonger dans ses profondeurs. Les plus intuitifs ressentaient un malaise devant ce regard d’une attention terrible. Ses yeux semblaient voir par-delà les apparences. Non des formes, non pas des lignes et des couleurs, mais une réalité enfouie.
By Michel Del Castillo :
Catherine De Moncan, loyalty to oneself

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How can someone predict, without waxing presumptuous, that a young painter still struggling to learn the profession will someday become a great artist? Yet such was the case for Catherine de Moncan, a tall, shy, young neophyte who at the time was studying in the studio of Edouard Mac Avoy, a portrait-painter of the famous.
Her singularity stood out without our being able to put our finger on it or explain what form it took, even if one day it would clearly reveal itself. Short of managing to explain this feeling of being faced with a personality in the extraordinary sense of the word, we used vague words, sensitivity or maybe strangeness, suggesting that, despite her teacher's influence, despite the vicissitudes of the profession, despite the angular stiffness of a drawing more expressive than delicate, hers was a strange personality, bathed in mystery but tending to self affirmation. This tectonic slide by a reflective soul, attentive to the trembling of things and people, this dull ache before the ravages that time inflicts on faces and the humblest of objects, this spider-like attention that waits, huddling in a corner of the web, for the threads to vibrate, this concentration that is as calm as it is cruel, this was the young Catherine's mystery, on the surface of things so impassive and showing such outmoded courtesy. Unused to the rantings of café discussions, she remained aloof, a faint ironic smile on her pale lips, her Venetian blond hair cascading to her shoulders. An enigmatic Madonna from a Masaccio fresco, she derived obvious pleasure from listening to her friends' conversations. You could guess the pleasure she felt as she wrapped herself in the group's warmth, listening to far-fetched arguments or the defence or indictment of art.

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Catherine de Moncan
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